Catégorie Surélévation

Lieu
Saint-Gilles
Client
Particulier
Architecte
Guillaume Sokal, ir civil architecte
Bureau d’études en stabilité
Formes et Structures sprl, Ney Wow
Entreprise générale
PXP
Surface bâtie
113,18 m²
Surface habitable
165,38 m²
Date de réception
27/05/2020
Utilisation du bois
Structure (36 m³), Isolation fibre de bois (37 m³), travaux en plaques (14 m³), revêtements verticaux intérieurs (2,5 m³), placnher (2 m³), revêtement de terrasse (1,5 m³), châssis (1,5 m³), revêtement de plafond (1 m³), escaliers (0,3 m³)
Volume de bois utilisé
96 m³
Documents
[PDF] 5_1Prix_SUR8_Plans

Jaspar
[1er prix]

Crédits photographiques : G. Sokal

Architecture et implantation

Le bâtiment est situé entre un boulevard de la Petite Ceinture et une rue importante au tissu plus resserré, la rue de l'Hotel des Monnaies. Le bâtiment a été érigé en trois phases successives. Il s'agissait d'abord d'une maison unifamiliale traditionnelle, érigée le long de l'avenue Jaspar en 1874, de deux étages. Cette maison a fait l'objet d'une rehausse en 1929 de deux étages plus un étage sous-combles, destinés aux chambres de bonnes. A cette occasion, un nouveau corps de bâtiment a été créé avec une façade rue de l'Hotel des Monnaies. Chaque étage d'habitation a donc été transformé en appartement, chacun ayant une façade sur chacune des deux rues. La troisième étape est l'objet de la présente candidature. L'étage de grenier sous comble a été démoli, et une surélévation en structure bois a permis de créer un duplex sur le corps de bâtiment avenue Jaspar, la toiture du corps de bâtiment faisant face à la rue de l'Hotel des Monnaies a été transformée en terrasse.

Concernant cette dernière étape, sa valeur ajoutée pour l'environnement est principalement celle d'une densification raisonnée du tissu urbain en centre-ville, en permettant la création d'un grand logement. Le nouveau volume s'élève du côté de la Petite Ceinture, là où la largeur du boulevard et les gabarits des immeubles le bordant acceptent un gabarit plus élevé. Le corps de bâtiment faisant face à la rue de l'Hotel des Monnaies n'est pas rehaussé, permettant de préserver un gabarit plus adéquat à cette rue plus resserrée. Sa toiture devient en revanche une terrasse. L'opération améliore la performance énergétique du bâtiment, la biodiversité sur la parcelle, la gestion des eaux pluviales, elle exploite le potentiel solaire, s'inscrit dans une stratégie d'économie circulaire. Elle crée un nouveau grand logement à énergie positive, dont l'utilisation se fait sans émissions de CO2 ni de particules fines.

La façade avant, côté av. Jaspar, a été prolongée d'un étage. Le dessin a été conçu de manière à s'inscrire dans la stratégie élaborée en 1930, à savoir, de préserver l'unité de la façade et son esthétique. La fonction de logement constituant l'élément basique du tissu urbain, il n'était pas souhaitable que l'opération soit distinguée depuis l'espace public. Sous l'impulsion des autorités communales, le traitement de l'étage supplémentaire est rigoureusement mimétique à l'existant. La corniche préexistante a été restaurée et reposée un étage plus haut. le mouvement amorcé en 1929 est ainsi amplifié, inscrivant l'opération dans ce substrat historique, sans dénoter dans l'ensemble urbain. Cette façade est un masque, elle est un signe de respect porté à l'édifice ancien, l’inverse d’une opération "boîte contemporaine". Cette opération, malgré sa complexité, doit paraître anodine. Cela répond ainsi au besoin d'anonymat de l'appartement et à la banalité de ce programme, en plus de perpétuer des techniques anciennes et de préserver un certain effet de surprise.

La façade faisant face à la terrasse est traitée afin de s'ouvrir à la lumière du Sud et à la vue en contre-plongée sur Saint-Gilles. Elle n'est pas conçue comme une simple interface mais comme une épaisseur habitable, alternant les larges ébrasements habités et les loggias ou les accès à l'extérieur. Elle définit les seuils et trouve une expression propre. Son plissement se veut le reflet de l'histoire du bâtiment et est l'occasion d'une respiration dans le plan, en s'adressant à l'axe Hotel des Monnaies. Il s'agit d'une nouvelle façade, bien que son principal constituant ait lui aussi un ancrage bruxellois très fort: il s'agit en effet de marbre de Carrare provenant d'un chantier de démolition de l'immeuble CCN (Gare du Nord). Le reconditionnement et la repose de ces panneaux de marbre confère à la façade arrière une prestance matérielle rehaussée d'une référence culturelle à un lieu emblématique bruxellois. A coût carbone très réduit.

Un patio est créé au 6ème étage, permettant d'amener de la lumière et de l'air au coeur de l'appartement, en plus d'offrir un lieu extérieur plus intime. Il permet de réitérer une version plus cloisonnée du plan du 5e étage : les espaces situés en façades permettent de mesurer entièrement la largeur de la façade, ils sont proportionnés pour être en relation directe avec les vues. Ils définissent implicitement les espaces de vie intérieur, dont l'intimité est ainsi préservée.

Détails techniques et utilisation du bois

Les deux rues sont très empruntées, les espaces calmes sont donc situés au centre de l'appartement. Deux chambres donnent sur le patio et peuvent donc être préservées des nuisances acoustiques extérieures. L'acoustique n'est pas le seul élément dimensionnant les compositions des parois, mais différentes couches désolidarisées, une bonne isolation et le placement de vitrage triple permettent une bonne performance acoustique. Le nouveau sol est posé sur une chape sèche. Les faux-planchers, cloisons et contre-cloisons sont remplis de laine de roche. Les espaces techniques sont situés le long du mitoyen 91 et font ainsi tampon acoustique contre les nuisances des appartements voisins et de l'ascenseur.

Le nouvel appartement est un unique compartiment. L'opération a permis de doter l'immeuble d'un exutoire de fumée qui permet d'amener de la lumière naturelle dans les parties communes.

La façade avant est revêtue d'un enduit minéral identique à l'existant, d'une sous-couche permettant son application. Celle-ci est posée sur le complexe retenu pour la façade avant et le mur d'héberge (structure primaire en béton, déssolidarisation et rupture des ponts thermiques, structure portante du duplex, contre-cloison techniques, revêtements muraux).

La structure de la façade arrière est, elle, une structure poteaux-poutres en bois. Le couvrant 5e est une structure préfabriquée apparente, portant d'un mitoyen à l'autre. Il est constitué de gîtes en Baubuche, majoritairement 80/320, tous les 60 cm. Le rythme et la section identique des entretoises crée une structure en nappe isotrope au-dessus de ces espaces ouverts. Le fond de ces caissons est une épaisseur de multiplex Baubuche 4 cm parfaitement collaborant. Cette structure permet le franchissement en une seule fois d'une portée de 7,5 m, avec un entr'axe généreux. Sur cette structure est aménagé un faux-plancher, qui permet l'installation des techniques et leur inscription dans la structure en caisson (éclairage, ventilation), en plus de donner une grande flexibilité technique à l'ensemble des espaces et de cacher les remontées des sections localement plus importante des gîtes, et finalement d'isoler à niveau le patio. Cette structure apparente régule le plan, confère son identité à l'appartement.

Le couvrant 6e est plus traditionnel dans sa composition, et nécessite l'utilisation de poutrelles acier pour la création du patio.

L'ensemble des parois a été préfabriqué, le montage sur site a pris 4 jours ouvrables, châssis inclus (hors revêtements de façade).

L'opération reste une transformation, avec les contraintes que cela peut poser en termes de performance énergétique. Il n'empêche que l'appartement a des besoins en chaleur réduits, grâce à une bonne isolation (BNC=20 kWh/m2.an) qui peuvent être assurés par une petite pompe à chaleur air-eau, assurant aussi l'appoint ECS. La distribution se fait via la ventilation double-flux. L'utilisation de solaire thermique et photovoltaïque réduit la consommation en énergie primaire jusqu'à produire plus d'énergie qu'il n'en est consommée (CEP= -5 kWh/m2.an). La lutte contre la surchauffe est assurée par des screens solaires en façade sud, et par une ventilation intensive de toutes les pièces d'habitation.

L'appartement est occupé depuis fin novembre, la période de chauffe a duré de début décembre à mi-février. La conception bioclimatique a permis un chauffage passif optimisé.

Bioclimatisme

Le projet utilise des matériaux de réemploi : revêtement de façade arrière en marbre provenant d'un chantier de démolition de la Gare du Nord, revêtements de terrasse en steenschotten, porte d'entrée du WTC III, poignées de portes des chambres de bonnes démolies, vasque et meuble de lavabo récupérés, garde-corps de réemploi.

La plupart des matériaux bois sont certifiés PEFC. Le Baubuche utilisé pour la structure couvrant 5e et les escaliers est issus de forêts de hêtre situées dans un rayon de 150 km autour de l'usine allemande. Ce matériau a été choisi pour son aspect durable, les émissions réduites de COV et ses performances structurelles. Le revêtement de sol mosaïque à damier est un matériaux standard, remplaçable, issus de chutes. Les cloisons et contre-cloisons en multiplex hêtre s'accordent avec le Baubuche. Les panneaux préforés en atelier permettent un démontage et une réutilisation futurs. Le faux-plafond couvrant 6e répond à la même logique. Son calepinage est un écho à la structure apparente de l'étage inférieur. L'isolation est principalement assurée par des panneaux de fibres de bois. Les isolants issus de la pétrochimie sont utilisés parcimonieusement, uniquement lorsque l'espace ou les conditions d'exposition ne permettent pas l'utilisation de matériaux biosourcés.

Autant que possible, le projet vise à minimiser l'usage d'enduits et de colle. Il privilégie l'expression d'un assemblage démontable. L'expression d'une vérité constructive, sans cachotterie et ludique.

L'orientation et les ouvertures du projet permettent de maximiser les gains solaires passifs. Le patio permet d'amener l'air et la lumière au coeur du bâtiment. La lutte contre la surchauffe est assurée par des screens solaires extérieurs.

Fonctions spatiales du bâtiment

L'appartement suit le tracé des gros murs. La structure porte sur les mitoyens sans point porteurs intermédiaires.

Les espaces sont conçus indépendamment de leur fonction. Les espaces le long des façades occupent l'entièreté de la largeur et définissent implicitement des espaces intérieurs. À cette logique, se superpose une déambulation d’une façade à l’autre, les circulations viennent toucher les façades avant de se retourner et repartir dans l’autre sens. Le plafond du 5e est continu, son isotropie permet de révéler la force structurelle du plancher du 6e.

La composition répond ainsi à une volonté de flexibilité, d’expression de la structure, et à l’aménagement d’espaces intimes, tout en profitant des vues offertes sur les environs. L’appartement est érigé en lien avec le substrat ancien du bâtiment.

La composition du plan permet l’accueil de nombreux scénarios d’occupation différents. Le duplex peut être relativement facilement séparé en deux appartements distincts.

Matériau et économie circulaire

Le matériau structurel est certifié PEFC. Le Baubuche, utilisé pour la structure du plancher intermédiaire, est fabriqué en Allemagne, à partir de hêtres situés dans les 150km aux alentours de l'usine. Les revêtements de cloisons et de contre-cloisons sont également en hêtre. Le plancher mosaïque à damier est fabriqué à partir de chutes de bois de chêne. Il s'agit d'un matériau standard, dont on peut imaginer qu'il existe encore dans les décennies futures, permettant de le ragréer facilement si nécessaire.

Le projet suit un principe de hiérarchie constructive: une couche de finition, des réservations techniques, la structure propre au duplex (reposant sur les gros murs du bâtiment et assurant l'isolation en partie) une couche de désolidarisation et d'isolation, et une structure porteuse primaire, dont le potentiel n'est pas encore exploité par cette opération. La rénovation de chacune de ces couches peut se faire en lien avec leur durée de vie.

L'utilisation de fixations mécaniques, apparentes lorsque c'est possible, a été privilégiée afin de faciliter la démontabilité. Les colles et enduits sont utilisés en dernier recours uniquement.

La part belle est donnée aux matériaux de réemploi: revêtement de façade arrière en marbre de réemploi, porte d'entrée, poignées de portes et de châssis, lavabo, luminaires, revêtement de terrasse extérieure.

Comment participer?

Pour le 31.05.2020 à 23h59 au plus tard, un dossier complet doit parvenir aux organisateurs sous forme d’un envoi par Wetransfer à l'adresse e-mail info@bois.be. Les documents nécessaires pour participer aux Belgian Timber Construction Awards 2020 sont :

Les étapes décrites ci-dessous doivent être suivies pour chaque projet individuel soumis. En d'autres termes, un jeu de documents distincts doit être remis pour chaque projet soumis.

L’envoi doit contenir les documents suivants :
1. La fiche projet dûment complétée
2. Les plans et sections (voir détails dans le règlement)
3. Les photos de la réalisation (voir détails dans le règlement)
4. Facultatif : des informations complémentaires (voir détails dans le règlement)

COVID-19
(Mise à jour du 18.05.2020)

En raison de la pandémie actuelle, plusieurs projets n’ont pu faire l’objet d’une réception provisoire. Les organisateurs des BTCA ont dès lors décidé de repousser la date de réception provisoire des pro-jets soumis de deux mois, au 31.07.2020. Le document de réception provisoire signé ainsi que d’éven-tuelles photos complémentaires devront impérativement être transmis pour finaliser la candidature.